L'histoire
Tuwaran se trouve à environ 65 km au nord-ouest de Haʾil, dans une cuvette du Jabal Aja où se rejoignent plusieurs wadis. C'est un parc naturel fréquenté l'hiver. Au centre, on voit les ruines d'un palais de pierre et de pisé. À côté, un petit cimetière compte deux tombes. Selon la tradition locale, l'une est celle de Hatim at-Taʾi, l'autre celle de sa fille Saffana (سفانة بنت حاتم). Plus loin, un lieu appelé « الموقدة » serait l'endroit où Hatim allumait un feu pour guider les voyageurs.
Qui était Hatim. Hatim ibn ʿAbdallah at-Taʾi était un poète et un chef de la tribu de Tayy, mort vers 578, avant l'islam. Les Arabes en ont fait le modèle de la générosité. Le proverbe dit « أَجْوَدُ مِنْ حَاتِمٍ », « plus généreux que Hatim ». C'est un proverbe, pas un hadith.
Le pays de Tayy. Les monts Aja (à l'ouest de Haʾil, 1 544 m) et Salma (au sud-est, 1 430 m) étaient le pays de la tribu de Tayy. Selon les historiens de la sira, Tayy adorait une idole appelée al-Fuls (الفلس), qui se trouvait entre Aja et Salma. En rabiʿ II 9 H, le Prophète ﷺ envoya ʿAli رضي الله عنه avec 150 hommes des Ansar. ʿAli prit la route de Fayd, attaqua à l'aube le campement de la famille de Hatim et détruisit al-Fuls (Waqidi, Ibn Saʿd).
Parmi les captifs se trouvait la fille de Hatim. Les historiens rapportent qu'à Médine, elle demanda au Prophète ﷺ de la libérer. Il la libéra, lui donna des vêtements, une monture et de l'argent, et attendit une caravane sûre pour qu'elle rejoigne la Syrie (Ibn Hicham, Tabari). C'est elle qui conseilla ensuite à son frère ʿAdi ibn Hatim d'aller voir le Prophète ﷺ.
ʿAdi ibn Hatim. ʿAdi devint musulman. Il rapporte que le Prophète ﷺ lui dit :
« فَإِنْ طَالَتْ بِكَ حَيَاةٌ لَتَرَيَنَّ الظَّعِينَةَ تَرْتَحِلُ مِنَ الْحِيرَةِ، حَتَّى تَطُوفَ بِالْكَعْبَةِ، لاَ تَخَافُ أَحَدًا إِلاَّ اللَّهَ »
« Si ta vie se prolonge, tu verras la femme voyager en litière depuis al-Hira jusqu'à faire le tour de la Kaʿba, sans craindre personne sauf Allah. » (Boukhari 3595)
ʿAdi pensa alors en lui-même aux brigands de Tayy qui rendaient les routes dangereuses. Il dit plus tard : « فَرَأَيْتُ الظَّعِينَةَ تَرْتَحِلُ مِنَ الْحِيرَةِ حَتَّى تَطُوفَ بِالْكَعْبَةِ، لاَ تَخَافُ إِلاَّ اللَّهَ », « J'ai vu la femme voyager en litière depuis al-Hira jusqu'à faire le tour de la Kaʿba, sans craindre personne sauf Allah » (Boukhari 3595).
Où est la tombe ? Au XIIIᵉ siècle, le géographe Yaqout place la tombe de Hatim ailleurs, sur le mont ʿUwarid (عوارض), d'après az-Zamakhchari. À Tuwaran, aucune inscription et aucune fouille ne permettent de confirmer la tradition. Les terrains sont des propriétés privées.
On arrive à Tuwaran par la route puis par une piste dans le Jabal Aja. Les ruines sont visibles. Ce lieu se visite comme un site du patrimoine et de la poésie arabe. Hatim est un personnage d'avant l'islam : on ne vient pas prier ni chercher une bénédiction près de cette tombe.
Ce qui est sûr et ce qui ne l'est pas
- Sûr : le hadith de ʿAdi ibn Hatim sur la femme d'al-Hira (Boukhari 3595).
- Récit des historiens : la tribu de Tayy et la famille de Hatim vivaient dans le Jabal Aja ; l'expédition de ʿAli contre al-Fuls en 9 H ; la libération de la fille de Hatim ; son conseil à ʿAdi.
- Tradition : la tombe de Hatim et celle de Saffana à Tuwaran, le « palais » et le lieu du feu. Yaqout place la tombe à ʿUwarid. Une légende rapportée par Yaqout explique les noms des monts Aja et Salma par une histoire d'amants.
- Incertain : l'emplacement d'al-Fuls n'est pas connu ; les textes parlent d'un éperon rouge au cœur d'Aja, mais aucun site ne lui est attribué.
- « Ton père a recherché une chose et l'a obtenue. » ʿAdi ibn Hatim dit au Prophète ﷺ : « إن أبي كان يصل الرحم ويفعل كذا وكذا » (« Mon père entretenait les liens de parenté et faisait ceci et cela »). Il répondit : « إِنَّ أَبَاكَ أَرَادَ أَمْرًا فَأَدْرَكَهُ » (« Ton père a recherché une chose, et il l'a obtenue »). Rapporté par Ahmad (n° 18262), at-Tahawi (Mushkil al-athar, n° 4360), at-Tabarani et at-Tayalisi. Degré : hasan selon Shuʿayb al-Arnaʾout (Takhrij Mushkil al-athar). Une autre version, d'après Ibn ʿOmar (« ذاك رجل أراد أمرا فأدركه »), est jugée faible par as-Sakhawi. Ibn Kathir explique le sens : sa générosité recherchait la renommée (« السمعة والذكر »), et il l'a eue.
Récits à la chaîne faible ou discutée
Sources
1. Boukhari 3595.
2. Ibn Hicham, as-Sira, t2 p578-580.
3. Waqidi, al-Maghazi, t3 p983-989 ; Ibn Saʿd, at-Tabaqat, t2 p123.
4. Tabari, Tarikh, t3 p111-112.
5. Yaqout, Muʿjam al-buldan, « أجأ » t1 p93, « سلمى » t3 p237, « عوارض » t4 p163, « فلس » t4 p272.
6. Ibn al-Athir, Usd al-Ghaba, t6 p142 ; Ibn Hajar, al-Isaba, t8 p179.
7. Okaz, article 1746255 ; Asharq al-Awsat, article 2118886 (Tuwaran).