L'histoire
Jarir détruit Dhou al-Khalasa
Jarir ibn ʿAbd Allah al-Bajali رضي الله عنه raconte (Boukhari 3020) :« قَالَ لِي رَسُولُ اللَّهِ ﷺ: أَلاَ تُرِيحُنِي مِنْ ذِي الْخَلَصَةِ. وَكَانَ بَيْتًا فِي خَثْعَمَ يُسَمَّى كَعْبَةَ الْيَمَانِيَةَ، قَالَ: فَانْطَلَقْتُ فِي خَمْسِينَ وَمِائَةِ فَارِسٍ مِنْ أَحْمَسَ، وَكَانُوا أَصْحَابَ خَيْلٍ »
« Le Messager d'Allah ﷺ me dit : "Ne me délivreras-tu pas de Dhou al-Khalasa ?" C'était une maison chez Khathʿam, qu'on appelait la Kaʿba yéménite. Je partis avec cent cinquante cavaliers d'Ahmas, qui étaient des gens de chevaux. »
Jarir ne tenait pas bien à cheval. Le Prophète ﷺ lui frappa la poitrine, au point qu'il vit la trace de ses doigts, et dit : « اللهم ثبته، واجعله هاديا مهديا » (« Ô Allah, affermis-le, et fais de lui un guide bien guidé »). Jarir partit, brisa la maison et la brûla. Il envoya un messager annoncer : « je ne suis venu qu'après l'avoir laissée comme un chameau galeux ». Le Prophète ﷺ bénit alors les chevaux et les hommes d'Ahmas cinq fois (Boukhari 3076 ; voir aussi 3823, 4355-4357 ; Mouslim 2476).
Dans Boukhari 4357, il est précisé : « وكان ذو الخلصة بيتا باليمن لخثعم وبجيلة، فيه نصب تعبد » : une maison au Yémen, à Khathʿam et à Bajila, où l'on adorait une pierre dressée.
Selon les historiens, cela eut lieu à la fin de l'an 10, car Jarir embrassa l'islam en ramadan 10. Le messager de la bonne nouvelle s'appelait Husayn ibn Rabiʿa Abou Artaʾa (Fath al-Bari).
Le hadith sur le retour de Dhou al-Khalasa avant l'Heure
Abou Hourayra رضي الله عنه rapporte que le Messager d'Allah ﷺ a dit :« لاَ تَقُومُ السَّاعَةُ حَتَّى تَضْطَرِبَ أَلَيَاتُ نِسَاءِ دَوْسٍ عَلَى ذِي الْخَلَصَةِ »
« L'Heure ne se dressera pas avant que les femmes de Daws ne se pressent de nouveau autour de Dhou al-Khalasa. » (Boukhari 7116 ; Mouslim 2906)
Boukhari ajoute : « وَذُو الْخَلَصَةِ طَاغِيَةُ دَوْسٍ الَّتِي كَانُوا يَعْبُدُونَ فِي الْجَاهِلِيَّةِ » : Dhou al-Khalasa était l'idole de Daws, qu'ils adoraient avant l'islam. Le hadith annonce qu'un jour on retournera au culte autour de ce lieu. Les savants, comme Ibn Hajar (Fath al-Bari, t. 13 p. 75-76), y voient un avertissement contre toute sacralisation d'un lieu païen.
Où était Dhou al-Khalasa ?
Yaqout place la maison d'idoles de Daws, Khathʿam et Bajila « بتبالة ». Il cite d'autres avis : Ibn Habib la met « بالعبلاء », à quatre étapes de La Mecque ; al-Mubarrad dit qu'à son époque l'emplacement était la mosquée du vendredi d'une bourgade appelée al-ʿAbalat. Ibn al-Kalbi décrit l'idole comme « مروة بيضاء منقوشة عليها كهيئة التاج », une pierre blanche gravée en forme de couronne, à Tabala, à sept nuits de La Mecque. Selon lui, cette pierre servit plus tard de seuil à la mosquée de Tabala.Hamad al-Jasir a rapproché ces sources : Tabala est le nom de l'oued, al-ʿAbla sa partie haute. Ibn Bishr rapporte qu'une pierre vénérée à Tabala fut encore brisée au temps du premier État saoudien.
L'expédition de Qutba ibn ʿAmir (récit des historiens)
Al-Waqidi et Ibn Saʿd rapportent qu'en safar de l'an 9, le Prophète ﷺ envoya Qutba ibn ʿAmir ibn Hadida رضي الله عنه contre Khathʿam, « بناحية تبالة ». Ibn Saʿd dit « بناحية بيشة قريبا من تربة ». Il avait vingt hommes sur dix chameaux. Ils firent un raid de nuit et ramenèrent du bétail.Tabala chez les géographes
Yaqout écrit : « تبالة … بلدة مشهورة من أرض تهامة في طريق اليمن … وأسلم أهل تبالة وجرش من غير حرب ». Il compte un jour de marche entre Tabala et Bisha, six jours jusqu'à Taïf et huit jusqu'à La Mecque. Le proverbe « أهون من تبالة على الحجاج » vient d'al-Hajjaj ibn Yousouf : nommé gouverneur de Tabala, il fit demi-tour en voyant qu'une colline suffisait à cacher la ville. Le poète Labid a écrit : « هبطا تبالة مخصبا أهضامها ».Ce qu'on voit aujourd'hui
Tabala et al-ʿAbla sont deux centres du gouvernorat de Bisha, à environ 40 km au nord-ouest de la ville. À Tabala : le plateau fortifié d'al-Kulayyat et sa petite mosquée, les ruines du Qasr Shaʿlan (voir la fiche 08), des murs d'enceinte, la meule « رحى أبو زيد », des palmeraies. À al-ʿAbla : une montagne de roche blanche, une ancienne mine de cuivre, trois puits antiques taillés dans le roc jusqu'à 80 m de profondeur, et le site rupestre d'Alfiya.Aucun vestige de Dhou al-Khalasa n'a été identifié. Le visiteur voit l'oasis où arrivèrent Jarir et ses cent cinquante cavaliers. On peut traverser Tabala et raconter l'expédition de Jarir. On n'organise pas de « visite de Dhou al-Khalasa », on ne désigne aucune pierre, on n'en fait pas un lieu de pèlerinage.
Ce qui est sûr et ce qui ne l'est pas
- Sûr : la destruction de Dhou al-Khalasa par Jarir sur ordre du Prophète ﷺ (Boukhari 3020, 3076, 4355-4357 ; Mouslim 2476) ; le hadith sur le retour de son culte avant l'Heure (Boukhari 7116 ; Mouslim 2906).
- Récit des historiens : l'expédition de Qutba (al-Waqidi, Ibn Saʿd) ; la soumission de Tabala sans combat (Yaqout) ; la date de fin 10 H.
- Tradition : l'emplacement à Tabala ou à al-ʿAbla. Il est solide dans les textes des géographes, mais aucun vestige ne subsiste.
- À vérifier sur place : l'accès aux sites d'al-Kulayyat et d'al-ʿAbla.
Sources
1. Boukhari 3020, 3076, 3823, 4355-4357, 7116 ; Mouslim 2476, 2906.
2. Ibn Hajar, Fath al-Bari, t. 1 p. 112, t. 1 p. 291, t. 13 p. 75-76.
3. Yaqout, Muʿjam al-buldan (Dar Sadir), t. 2 p. 8-9, t. 2 p. 382-383, t. 4 p. 78.
4. Al-Waqidi, Maghazi, t. 3 p. 980 ; Ibn Saʿd, Tabaqat, t. 2 p. 121.
5. Al-Jazirah, S. al-Qarni, « قرى ومراكز بيشة (6) : تبالة والعبلاء » (30 janvier 2003), d'après Hamad al-Jasir.
6. Okaz, « ذو الخلصة … تبالة » (7 août 2008).