L'histoire
Après la victoire de Hunayn, en Chawwal de l'an 8, le Prophète ﷺ marche sur Taïf, où Thaqif s'est retranchée. Il passe par Liyya, où il bâtit une mosquée et fait brûler le château de Malik ibn ʿAwf (voir n° 08).
De Liyya, il prend un chemin de montagne. Ibn Ishaq raconte la scène. Il demande : « مَا اسْمُ هَذِهِ الطَّرِيقِ؟ » (« Comment s'appelle ce chemin ? »). On lui répond : « الضَّيِّقَةُ » (« l'Étroite »). Il dit : « بَلْ هِيَ الْيُسْرَى » (« Non, c'est la Facile »). Le Prophète ﷺ changeait volontiers les noms de mauvais augure : Mouslim rapporte qu'il changea le nom d'une femme appelée ʿAsiya (« la Désobéissante ») en Jamila (« la Belle »). Yaqout connaît encore ad-Dayqa comme un chemin entre Taïf et Hunayn.
Le chemin débouche sur Nakhb. As-Samhoudi le décrit comme « عَقَبَةٌ فِي الْجَبَلِ » (« un col dans la montagne »), et Yaqout comme une vallée de Taïf. L'oued Nakhb porte toujours ce nom.
Ibn Ishaq poursuit : « حَتَّى نَزَلَ تَحْتَ سِدْرَةٍ يُقَالُ لَهَا الصَّادِرَةُ، قَرِيبًا مِنْ مَالِ رَجُلٍ مِنْ ثَقِيفٍ » (« jusqu'à faire halte sous un jujubier qu'on appelait as-Sadira, près du domaine d'un homme de Thaqif »). Le Prophète ﷺ lui fait dire : sors, ou nous détruisons ton enclos. L'homme refuse de sortir. Selon Ibn Ishaq, l'enclos est détruit. Selon al-Waqidi, il est brûlé avec ce qu'il contenait.
Un hadith se rattache à cette halte. Az-Zoubayr ibn al-ʿAwwam raconte qu'en arrivant de Liyya, près du jujubier, le Prophète ﷺ se tint au bord d'une hauteur appelée al-Qarn al-Aswad (« la Corne noire »). Il regarda vers l'oued Nakhb et attendit que tous les gens soient arrivés. Puis il dit : « إِنَّ صَيْدَ وَجٍّ وَعِضَاهَهُ حَرَامٌ مُحَرَّمٌ لِلَّهِ » (« Le gibier de Wajj et ses arbres épineux sont sacrés, interdits par Allah »). Wajj est l'ancien nom de la vallée de Taïf. Abou Dawoud et Ahmad rapportent ce hadith, mais sa chaîne est faible : Ahmad et al-Boukhari l'ont jugé faible, alors qu'ach-Chafiʿi l'a accepté. Il garde du moins le souvenir de la même halte.
De là, le Prophète ﷺ s'avance vers Taïf et installe son camp près du fort. Les flèches de Thaqif l'obligent à le déplacer plus en arrière, à l'endroit de l'actuelle mosquée Ibn ʿAbbas (voir n° 19).
Plus tard, les gens firent de l'endroit un lieu de prière, puis y bâtirent une mosquée. L'historien de Taïf Hammad as-Salimi la décrit en 1999 près d'al-Qarn al-Aswad, dans l'oued Nakhb : elle avait été détruite et réparée plusieurs fois. Les historiens l'appellent « مسجد الصادرة » ou « مسجد الموقف » (la mosquée de la halte). Elle a ensuite été restaurée, et même rebâtie en pierre, dans le programme de réhabilitation des mosquées historiques.
Une plaque y a été posée avec l'inscription « مسجد سليمان عليه السلام » (« mosquée de Soulayman, sur lui la paix »). En 2019, as-Salimi a écrit qu'aucun historien, géographe ou biographe ne la connaît sous ce nom. Le secteur s'appelle aussi Wadi an-Naml, « la vallée des Fourmis ». Certains ont pu le confondre avec la vallée des fourmis du Coran : « حَتَّىٰ إِذَا أَتَوْا عَلَىٰ وَادِ النَّمْلِ » (« Quand ils arrivèrent à la vallée des Fourmis », an-Naml 27:18). Rien n'appuie ce rapprochement : le nom correct est mosquée as-Sadira.
Ce qui est sûr et ce qui ne l'est pas
- Récit des historiens : le chemin ad-Dayqa rebaptisé al-Yousra, le passage par Nakhb, la halte sous le jujubier as-Sadira et l'enclos du Thaqafite (Ibn Ishaq, al-Waqidi).
- Faible : le hadith d'az-Zoubayr sur le caractère sacré de Wajj, jugé faible par Ahmad et al-Boukhari.
- Le lieu : que la mosquée se trouve à l'emplacement du jujubier relève de la tradition locale. Elle est plausible, car l'oued Nakhb et al-Qarn al-Aswad sont nommés dans les textes, mais le point exact n'est pas établi.
- Faux : le nom « mosquée de Soulayman » n'a aucun fondement historique.
Sources
1. Ibn Hicham, as-Sira an-nabawiyya, t. 2, p. 481-482 (ad-Dayqa et al-Yousra, Nakhb, jujubier as-Sadira, enclos détruit).
2. Al-Waqidi, al-Maghazi, t. 3, p. 924 (même itinéraire, enclos brûlé).
3. Abou Dawoud, as-Sunan, n° 2032 ; Ahmad, al-Mousnad, n° 1416 (hadith d'az-Zoubayr sur Wajj).
4. Ibn Kathir, al-Bidaya wa n-nihaya, t. 7, p. 216 (degré du hadith de Wajj).
5. Yaqout al-Hamawi, Muʿjam al-bouldan, t. 3, p. 464 (« الضيقة ») ; t. 5, p. 274 (« نخب »).
6. Mouslim, as-Sahih, n° 2139 (ʿAsiya renommée Jamila).
7. As-Samhoudi, Wafaʾ al-wafa, t. 3, p. 181 (Nakhb, « عقبة في الجبل »).
8. Hammad as-Salimi, « المساجد الأثرية في الطائف », Al-Jazirah, 31/10/1999 (mosquée as-Sadira à al-Qarn al-Aswad, détruite et réparée) : https://al-jazirah.com/1999/19991031/fu4.htm
9. Hammad as-Salimi, « ولي العهد.. ورعايته للمساجد التاريخية », Al-Jazirah, 22/12/2019 (restauration, « مسجد الصادرة أو الموقف », plaque « مسجد سليمان ») : https://www.al-jazirah.com/2019/20191222/ar2.htm