L'histoire
Ibn Saʿd divise Khaybar en trois quartiers : an-Natat, ash-Shiqq et al-Katiba. Al-Qamous fait partie d'al-Katiba. Ibn Ishaq le nomme « le fort des Banu Abi al-Huqayq ».
Musa ibn ʿUqba parle d'un siège de près de vingt nuits devant ce fort. Ibn Hajar écrit que le fort pris par ʿAli était al-Qamous, l'un de leurs grands forts, et que Safiyya bint Huyayy y fut faite captive (Fath al-Bari, t. 7 p. 477). Al-Waqidi place plutôt cet épisode au fort de Naʿim. Ibn Ishaq dit seulement « un des forts de Khaybar ».
L'épisode de la bannière est authentique. Le Prophète ﷺ dit le jour de Khaybar :
« لَأُعْطِيَنَّ هَذِهِ الرَّايَةَ غَدًا رَجُلًا يَفْتَحُ اللهُ عَلَى يَدَيْهِ، يُحِبُّ اللهَ وَرَسُولَهُ وَيُحِبُّهُ اللهُ وَرَسُولُهُ »
« Je donnerai demain cet étendard à un homme par les mains de qui Allah donnera la victoire. Il aime Allah et Son Messager, et Allah et Son Messager l'aiment. » (Boukhari 4210)
Les gens passèrent la nuit à se demander qui la recevrait. Au matin, le Prophète ﷺ demanda ʿAli. On lui dit qu'il avait mal aux yeux. Il le fit venir, mit de sa salive dans ses yeux et pria pour lui. ʿAli guérit et reçut la bannière. Le Prophète ﷺ lui dit d'avancer sans hâte, d'appeler les gens à l'Islam, et ajouta :
« فَوَاللهِ لَأَنْ يَهْدِيَ اللهُ بِكَ رَجُلًا وَاحِدًا خَيْرٌ لَكَ مِنْ أَنْ يَكُونَ لَكَ حُمْرُ النَّعَمِ »
« Par Allah, qu'Allah guide par toi un seul homme vaut mieux pour toi que des chameaux roux. » (Boukhari 4210)
Muslim rapporte ensuite le duel (Muslim 1807, récit de Salama ibn al-Akwaʿ). Marhab sort en disant : « قَدْ عَلِمَتْ خَيْبَرُ أَنِّي مَرْحَبُ ». ʿAli lui répond : « أَنَا الَّذِي سَمَّتْنِي أُمِّي حَيْدَرَهْ » (« Je suis celui que ma mère a nommé Haydara », c'est-à-dire le lion). Salama dit : « فَضَرَبَ رَأْسَ مَرْحَبٍ فَقَتَلَهُ، ثُمَّ كَانَ الْفَتْحُ عَلَى يَدَيْهِ » (« Il frappa Marhab à la tête et le tua, puis la victoire vint par ses mains »).
Les historiens de la sira (Ibn Ishaq, Musa ibn ʿUqba, al-Waqidi) disent que c'est Muhammad ibn Maslama qui tua Marhab. Al-Waqidi propose une conciliation : Muhammad ibn Maslama l'aurait blessé et ʿAli l'aurait achevé. Ibn Hajar tranche : ce qui est dans le Sahih passe avant le reste.
Le bâtiment que l'on voit est un fort de pierre et de boue. Il a un plan en labyrinthe : couloirs, dizaines de pièces, planches de palmier dans les murs, et une petite mosquée intérieure. Le toit est tombé, les murs tiennent debout. Les spécialistes le datent d'une époque islamique tardive, avec des reprises au XXᵉ siècle. Après le ralliement de Khaybar au roi ʿAbd al-ʿAziz en 1341 H (1923), le fort servit de siège à l'émirat.
En mars 2024, le fort était fermé au public. La Commission royale pour AlUla (RCU) a annoncé une étude de conservation. Il se voit de partout dans l'oasis. Les visites guidées s'arrêtent au souk d'ash-Shurayf, juste en dessous.
Ce qui est sûr et ce qui ne l'est pas
- Sûr : la bannière donnée à ʿAli, sa guérison et sa victoire (Boukhari 4209, 4210) ; ʿAli tue Marhab (Muslim 1807).
- Récit des historiens : al-Qamous comme fort des Banu Abi al-Huqayq (Ibn Ishaq, Ibn Saʿd) ; le siège d'une vingtaine de nuits (Musa ibn ʿUqba) ; le lien entre ce fort et la bannière (Ibn Hajar ; al-Waqidi le place à Naʿim) ; Marhab tué par Muhammad ibn Maslama (Ibn Ishaq, al-Waqidi).
- Tradition : l'identification du fort actuel avec celui du VIIᵉ siècle. Aucune preuve archéologique ne l'établit. Le nom « Qalʿat Marhab » est un surnom local.
- Faible : on raconte aussi que ʿAli souleva la porte d'un fort et s'en servit comme bouclier, et que plusieurs hommes ne purent ensuite la retourner. Ce récit a une chaîne faible : Ibn Ishaq le rapporte avec une chaîne incomplète, al-Hakim et al-Bayhaqi avec une chaîne faible. Il n'est ni chez Boukhari ni chez Muslim. Ibn Kathir le juge faible.
- La porte de Khaybar. Ibn Ishaq rapporte, d'après Abou Rafiʿ, que ʿAli perdit son bouclier pendant le combat. Il prit une porte qui était près du fort et s'en servit comme bouclier jusqu'à la victoire : « فَلَقَدْ رَأَيْتُنِي فِي نَفَرٍ سَبْعَةٍ مَعِي، أَنَا ثَامِنُهُمْ، نَجْهَدُ عَلَى أَنْ نَقْلِبَ ذَلِكَ الْبَابَ فَمَا نَقْلِبُهُ » (« Nous étions huit à essayer de retourner cette porte, et nous n'y arrivions pas »). Degré : faible. La chaîne contient un homme non nommé (« عن بعض أهله ») ; Ibn Kathir écrit : « وفي هذا الخبر جهالة وانقطاع ظاهر » (« ce récit contient un inconnu et une coupure évidente »).
- La même histoire, autre version. Al-Hakim et al-Bayhaqi rapportent, d'après Jabir, que quarante hommes ne purent soulever la porte ensuite. Degré : faible (la chaîne passe par Layth ibn Abi Sulaym) ; Ibn Kathir : « وفيه ضعف أيضا ». Une version avec soixante-dix hommes est aussi jugée faible. Ibn Hajar tente de concilier : sept hommes essayèrent de la retourner, quarante de la porter.
- Ces récits ne sont ni dans Boukhari ni dans Mouslim. La bravoure de ʿAli à Khaybar, elle, est authentique : Boukhari 4209-4210 (la bannière) et Mouslim 1807 (Marhab).
Récits à la chaîne faible ou discutée
Sources
1. Boukhari 4209, 4210 (sunnah.com).
2. Muslim 1807 (récit de Salama ibn al-Akwaʿ).
3. Ibn Hajar, Fath al-Bari, t. 7 p. 476-477.
4. Ibn Hicham, as-Sira an-nabawiyya, t. 2 p. 330-335.
5. Al-Waqidi, al-Maghazi, t. 2 p. 652-656.
6. Ibn Saʿd, at-Tabaqat al-kubra, t. 2 p. 81.
7. Ibn Kathir, al-Bidaya wa n-nihaya, t. 6 p. 272 (éd. Hajar).
8. Samhoudi, Wafaʾ al-wafa, t. 4 p. 143.
9. Hegra Conservation, 1ᵉʳ mars 2024 ; Al Majalla, 30 mars 2023 ; Madain Project, « al-Qamus Fort ».