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Site historique · Fadak et Haïl

Al-Haʾit, l'ancienne Fadak

📍 GPS 25.975232, 40.473124
🏷 Type Site historique
📍 Région Fadak et Haïl
الحائط (فدك)
Photo en cours Photo prise sur place, bientôt en ligne

L'histoire

Al-Haʾit est une oasis de basalte noir et de palmiers, au sud de la province de Haʾil. Elle se trouve à environ 250 km de Haʾil et 280 km de Médine. Le nom actuel viendrait du « mur de palmiers » (حائط النخل) qui entoure le bourg.

Une oasis très ancienne. Deux reliefs gravés sur le basalte montrent Nabonide, roi de Babylone (556-539 av. J.-C.), avec un texte en écriture cunéiforme. L'un d'eux, publié par A. Hausleiter et H. Schaudig en 2016, nomme la ville Padakku. C'est la forme akkadienne du nom Fadak. L'autre a été annoncé par la Commission du patrimoine en juillet 2021 ; il porte environ 26 lignes. Les stèles de Harran disent que Nabonide passa dix ans en Arabie, vers 553-543 av. J.-C., à Tayma, Dadan (al-ʿUla), Padakku, Khaybar et Yathrib. Ces reliefs sont protégés et ne sont pas ouverts au public. Ils relèvent de l'Antiquité et n'ont aucun lien avec l'histoire islamique du lieu.

Les expéditions de 6 H et 7 H. Selon les historiens de la sira (Waqidi, Ibn Saʿd), en chaʿban 6 H, ʿAli ibn Abi Talib رضي الله عنه partit avec 100 hommes contre les Banu Saʿd ibn Bakr, qui se rassemblaient près de Fadak pour aider les juifs de Khaybar. Il marcha de nuit jusqu'au point d'eau d'al-Hamj (الهمج), « un point d'eau entre Khaybar et Fadak » (Ibn Saʿd). Les Bédouins s'enfuirent ; il n'y eut pas de combat. On ne sait pas aujourd'hui où se trouvait al-Hamj. En chaʿban 7 H, Bachir ibn Saʿd conduisit 30 hommes contre les Banu Murra près de Fadak. Ses compagnons furent tués. Blessé, il se traîna jusqu'à Fadak et resta quelques jours chez un juif de l'oasis, le temps de guérir (Waqidi, Ibn Saʿd).

La reddition de Fadak (7 H / 628). Les historiens rapportent qu'après la chute des forteresses de Khaybar, les habitants de Fadak, des juifs qui cultivaient le palmier, envoyèrent une délégation au Prophète ﷺ. Ils demandèrent la vie sauve et se rendirent sans combat. Selon Waqidi, le Prophète ﷺ leur avait d'abord envoyé Muhayyisa ibn Masʿud pour les appeler à l'islam, et leur chef Nun ibn Yushaʿ vint négocier. L'accord laissait aux habitants la moitié de la terre et de ses récoltes ; l'autre moitié revenait au Prophète ﷺ. Ibn Ishaq conclut : « فَكَانَتْ خَيْبَرُ فَيْئًا بَيْنَ الْمُسْلِمِينَ، وَكَانَتْ فَدَكُ خَالِصَةً لِرَسُولِ اللهِ ﷺ، لِأَنَّهُمْ لَمْ يُجْلِبُوا عَلَيْهَا بِخَيْلٍ وَلَا رِكَابٍ ». Traduction : « Khaybar fut un butin partagé entre les musulmans, et Fadak revint en propre au Messager d'Allah ﷺ, car on ne l'avait pas prise avec des chevaux ni des montures » (Ibn Hicham).

Le verset. Le statut d'un bien obtenu sans combat est décrit dans la sourate al-Hachr :
« وَمَآ أَفَآءَ ٱللَّهُ عَلَىٰ رَسُولِهِۦ مِنْهُمْ فَمَآ أَوْجَفْتُمْ عَلَيْهِ مِنْ خَيْلٍۢ وَلَا رِكَابٍۢ وَلَٰكِنَّ ٱللَّهَ يُسَلِّطُ رُسُلَهُۥ عَلَىٰ مَن يَشَآءُ ۚ وَٱللَّهُ عَلَىٰ كُلِّ شَىْءٍۢ قَدِيرٌۭ »
« Le butin provenant de leurs biens et qu'Allah a accordé sans combat à Son Messager, vous n'y aviez engagé ni chevaux, ni chameaux ; mais Allah donne à Ses messagers la domination sur qui Il veut et Allah est Omnipotent. » (al-Hachr 59:6, trad. Hamidullah)
Le verset suivant (59:7) précise que ce bien revient « à Allah, au Messager, aux proches parents, aux orphelins, aux pauvres et au voyageur en détresse, afin que cela ne circule pas parmi les seuls riches d'entre vous ». Le verset ne nomme pas Fadak. Le lien avec Fadak vient de la sira et des Compagnons.

Ce qu'en faisait le Prophète ﷺ. Selon un récit de ʿOmar رضي الله عنه transmis par Malik ibn Aws (Abou Dawoud, Waqidi, Ibn Saʿd), le Prophète ﷺ avait trois biens réservés : Banu Nadir, Khaybar et Fadak. Le revenu de Fadak était affecté aux voyageurs (ابن السبيل). Ibn Saʿd ajoute, d'après Jaʿfar ibn Muhammad, que les choses restèrent ainsi jusqu'à la mort du Prophète ﷺ. Les récoltes portaient surtout sur les dattes. Selon Ibn Saʿd, ʿOmar ibn ʿAbd al-ʿAziz disait que Fadak rapportait environ dix mille dinars par an.

Le nom de l'oasis apparaît aussi dans le Sahih. Oussama ibn Zayd رضي الله عنهما rapporte que le Prophète ﷺ monta un âne « عَلَى قَطِيفَةٍ فَدَكِيَّةٍ », sur une couverture de Fadak (Boukhari 4566).

Après la mort du Prophète ﷺ. ʿAïcha رضي الله عنها rapporte que Fatima رضي الله عنها envoya demander à Abou Bakr رضي الله عنه sa part de ce que le Prophète ﷺ avait laissé « مِمَّا أَفَاءَ اللَّهُ عَلَيْهِ بِالْمَدِينَةِ وَفَدَكَ، وَمَا بَقِيَ مِنْ خُمُسِ خَيْبَرَ ». Abou Bakr répondit que le Prophète ﷺ avait dit :
« لاَ نُورَثُ، مَا تَرَكْنَا صَدَقَةٌ، إِنَّمَا يَأْكُلُ آلُ مُحَمَّدٍ ﷺ فِي هَذَا الْمَالِ »
« On n'hérite pas de nous. Ce que nous laissons est une aumône. La famille de Muhammad ﷺ se nourrit seulement de ce bien. » (Boukhari 4240 ; Mouslim 1759)
Il ajouta : « وَإِنِّي وَاللَّهِ لاَ أُغَيِّرُ شَيْئًا مِنْ صَدَقَةِ رَسُولِ اللَّهِ ﷺ عَنْ حَالِهَا الَّتِي كَانَ عَلَيْهَا فِي عَهْدِ رَسُولِ اللَّهِ ﷺ ». Traduction : « Par Allah, je ne changerai rien à l'aumône du Messager d'Allah ﷺ : elle restera comme elle était de son vivant. »

Dans Mouslim (1757), ʿOmar رضي الله عنه demanda sous serment aux Compagnons présents, puis à ʿAli et à al-ʿAbbas رضي الله عنهما, s'ils savaient que le Prophète ﷺ avait dit « لاَ نُورَثُ مَا تَرَكْنَا صَدَقَةٌ ». Ils répondirent : « نعم », « oui ». Dans Boukhari (3093), ʿOmar garda Khaybar et Fadak et dit : « هُمَا صَدَقَةُ رَسُولِ اللَّهِ ﷺ كَانَتَا لِحُقُوقِهِ الَّتِي تَعْرُوهُ وَنَوَائِبِهِ، وَأَمْرُهُمَا إِلَى مَنْ وَلِيَ الأَمْرَ ». Traduction : « Ce sont l'aumône du Messager d'Allah ﷺ. Elles servaient aux dépenses et aux besoins qui se présentaient à lui. Leur gestion revient à celui qui gouverne. » Fadak resta donc un bien de la communauté, géré par le calife. Ce sujet a donné lieu à des débats entre écoles. Cette fiche s'en tient aux textes des deux Sahih.

La suite, selon les historiens. Vers 20 H, ʿOmar fit évaluer les palmiers et les terres de Fadak. Il paya aux juifs de l'oasis la moitié de leur valeur, puis ils partirent (Tabari, Waqidi). Sous ʿOthman, la terre fut confiée à Marwan ibn al-Hakam. Ibn Hajar, cité par Samhoudi, explique que ʿOthman jugeait que ce qui était propre au Prophète ﷺ revenait au calife après lui. Fadak passa ensuite aux Omeyyades.

ʿOmar ibn ʿAbd al-ʿAziz (calife de 99 à 101 H) renonça à Fadak. Selon Ibn Saʿd et Ibn Kathir, il la rendit à son statut du temps du Prophète ﷺ, d'Abou Bakr, de ʿOmar et de ʿOthman. Selon Yaqout et al-Baladhuri, il en confia la gestion aux descendants de Fatima رضي الله عنها. Samhoudi retient la version du trésor public, avec un revenu versé aux voyageurs. À l'époque abbasside, Yaqout rapporte que Fadak changea plusieurs fois de mains. En 210 H, le calife al-Mamun fit rédiger un acte à son sujet.

Au IXᵉ siècle de l'hégire (XVᵉ s.), Samhoudi interrogea des savants et des émirs de Médine. Aucun ne savait plus où se trouvait Fadak.

Les inscriptions islamiques. Sur les rochers volcaniques autour d'al-Haʾit, I. as-Samari a recensé environ 45 inscriptions islamiques, surtout abbassides (IIᵉ-IVᵉ s. H) : prières, professions de foi, vers, stèles funéraires avec des versets. Deux sont datées : 132 H / 749 (Maslama ibn Suhaym) et 150 H / 767 (ʿAbdallah ibn ʿUbaydallah, une prière pour le Paradis). À Rawdat Dhiyab (روضة ذياب), à environ 5 km au sud dans le wadi Ghunaym, 29 inscriptions ont été relevées, dont trois datées : 119 H / 737, 186 H et 189 H. Les mêmes parois portent des gravures thamoudiques et préhistoriques (bovins, autruches, scènes de chasse). Au village voisin d'al-Huwayyit (الحويط), les rochers portent aussi des inscriptions coufiques et un poème daté de 309 H / 921. Ces textes montrent que l'oasis resta fréquentée sous les Omeyyades et les Abbassides.

Ce qu'on voit aujourd'hui. Le noyau ancien réunit les quartiers حي الشريف, حي قصر الحصان et حي المدارس. Le souk de حي الشريف compte 49 boutiques. On voit aussi une grande mosquée patrimoniale, des maisons de pisé et de pierre, et des majlis restaurés par les habitants. Saudipedia compte sept mosquées et quatre marchés anciens. La palmeraie compte environ 20 000 palmiers. Elle est irriguée par des sources dont les noms sont conservés : فياضة، جريدة، الغوير، الغار، عجرة، الجواخين، العوينة، أبي سليمان. Au XIIIᵉ siècle, Yaqout écrivait déjà : « وفيها عين فوارة ونخيل كثيرة », « il y a une source jaillissante et beaucoup de palmiers ». Les palmeraies sont privées : on les regarde depuis les pistes. Les inscriptions sont en plein air, sans balisage ; un guide local est nécessaire, et il ne faut rien marquer ni abîmer.

Ce qui est sûr et ce qui ne l'est pas

Sources

1. Coran, al-Hachr 59:6-7 (traduction Hamidullah).
2. Boukhari 3093, 4240, 4566, 6725-6726 ; Mouslim 1757, 1759.
3. Abou Dawoud 2967 (récit de Malik ibn Aws).
4. Ibn Hicham, as-Sira, t2 p336, p348, p352.
5. Waqidi, al-Maghazi, t1 p377 ; t2 p561-563, p705-707, p720, p722-723.
6. Ibn Saʿd, at-Tabaqat, t1 p389 ; t2 p68, p90 ; t5 p301-302.
7. Tabari, Tarikh, t2 p641 ; t3 p14, p19 ; t4 p111.
8. Ibn Kathir, al-Bidaya, t6 p294-295, p307, p358 ; t12 p693.
9. Yaqout, Muʿjam al-buldan, « فدك », t4 p237-238.
10. Samhoudi, Wafaʾ al-wafa, t1 p78 ; t3 p157.
11. Hausleiter A. et Schaudig H., « Rock Relief and Cuneiform Inscription of King Nabonidus at al-Ḥāʾiṭ », Zeitschrift für Orient-Archäologie 9, 2016, p. 224-240 ; Gadd C. J., « The Harran Inscriptions of Nabonidus », Anatolian Studies 8, 1958.
12. As-Samari I., « النقوش المؤرخة في منطقة حائل », Adumatu 39, 2019, p. 29-54.
13. Commission du patrimoine, communiqués SPA, 13-14 juillet 2021 ; Saudipedia, « موقع الحائط الأثري ».

📍 Coordonnées GPS

25.975232, 40.473124
Repéré sur le terrain par Abou Ahmed, Local Guide niveau 8 sur Google Maps.

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