L'histoire
Une oasis de montagne. Taïf a toujours vécu de ses vergers et de ses vignes ; Yaqout la décrit riche en champs, palmiers, vignes et fruits, et note que « les fruits des gens de La Mecque viennent d'elle ». Pour retenir l'eau des orages, les habitants de la région ont élevé des dizaines de barrages en pierre, dont une vingtaine subsistent (voir n° 06). Celui de Saysad, appelé aussi « barrage d'al-ʿAbbad », est le seul dont on connaisse la date avec certitude.
L'inscription de l'an 58. Mouʿawiya, qu'Allah l'agrée, était alors calife depuis dix-sept ans. Sur un grand rocher, au pied de la montagne sur laquelle s'appuie le barrage, à droite de sa façade, un scribe grava six lignes en écriture coufique. Le panneau mesure environ 130 × 70 cm, et les alif atteignent 10 cm de haut. Voici le texte, ligne par ligne, dans l'orthographe de la pierre (lecture de Philby) :
> هذا السد لعبدالله معوية
> أمير المؤمنين بنيه عبدالله بن صخر
> باذن الله لسنة ثمن وخمسين ا
> للهم اغفر لعبدالله معوية ا
> مير المؤمنين وثبته وانصره ومتع ا
> لمومنين به كتب عمرو بن حباب
Lu en arabe courant : « هَذَا السَّدُّ لِعَبْدِ اللَّهِ مُعَاوِيَةَ أَمِيرِ الْمُؤْمِنِينَ، بَنَاهُ عَبْدُ اللَّهِ بْنُ صَخْرٍ بِإِذْنِ اللَّهِ لِسَنَةِ ثَمَانٍ وَخَمْسِينَ. اللَّهُمَّ اغْفِرْ لِعَبْدِ اللَّهِ مُعَاوِيَةَ أَمِيرِ الْمُؤْمِنِينَ، وَثَبِّتْهُ وَانْصُرْهُ، وَمَتِّعِ الْمُؤْمِنِينَ بِهِ. كَتَبَ عَمْرُو بْنُ حَبَّابٍ. »
Traduction : « Ce barrage appartient au serviteur d'Allah Mouʿawiya, Commandeur des croyants. ʿAbd Allah ibn Sakhr l'a construit, avec la permission d'Allah, en l'an cinquante-huit. Ô Allah, pardonne au serviteur d'Allah Mouʿawiya, Commandeur des croyants ; affermis-le, donne-lui la victoire, et fais que les croyants en profitent. ʿAmr ibn Habbab a écrit [ceci]. »
On remarque l'orthographe ancienne : معوية pour معاوية, ثمن pour ثمان, بنيه pour بناه. Certains mots sont coupés en fin de ligne, comme اللهم et أمير. Le texte se termine par une invocation pour le calife, suivie de la signature du graveur.
Qui a bâti le barrage ? Le nom de ʿAbd Allah ibn Sakhr n'apparaît dans aucune source connue. Le chercheur saoudien Sami as-Saqqar envisage deux réponses. Il peut s'agir d'un ingénieur ou d'un maître d'œuvre inconnu. Il peut aussi s'agir de Mouʿawiya lui-même, puisque son père Abou Soufyan s'appelait Sakhr ; « ʿAbd Allah » serait alors une formule d'humilité, comme au début du texte. D'autres lectures (« ʿAmr ibn al-ʿAs », « ʿAbd Allah ibn Ibrahim », « ʿAbd Allah ibn Khalid ») ont été proposées puis jugées erronées.
Redécouverte. Au début du XXe siècle, ʿAbd Allah Pacha Banajah photographia l'inscription et envoya la photo en Égypte pour la faire lire. Après son pèlerinage de 1354 H (1936), l'écrivain égyptien Mouhammad Housayn Haykal visita le barrage et le décrivit dans son livre Fi manzil al-wahy. Le voyageur St John Philby en donna une lecture. En 1364 H (1945), l'ingénieur américain Twitchell le trouva « en excellent état ». En 1948, l'historien George C. Miles publia l'inscription dans le Journal of Near Eastern Studies, avec une autre inscription coranique des environs de Taïf. Il releva que plusieurs lettres y portent déjà leurs points distinctifs, ce qui montre que l'usage des points existait dès la sixième décennie de l'Hégire.
Aujourd'hui. Le barrage a été restauré et son bassin curé, si bien qu'il retient de nouveau d'importantes quantités d'eau de pluie. Il se trouve dans le parc national de Saysad, à une dizaine de kilomètres du centre de Taïf. L'inscription se lit toujours sur son rocher.
Ce qui est sûr et ce qui ne l'est pas
- Sûr : l'inscription existe, elle est datée de 58 H et nomme Mouʿawiya, Commandeur des croyants ; elle a été publiée par Miles en 1948.
- Sûr : l'emploi précoce des points diacritiques sur plusieurs lettres.
- Inconnu : l'identité de « ʿAbd Allah ibn Sakhr » ; les deux hypothèses (ingénieur, ou Mouʿawiya lui-même) restent ouvertes.
- Incertain : la lecture exacte de quelques mots des lignes 4 à 6, que Saudipedia signale comme coupés ou mal lus.
- Non trouvé : les dimensions du barrage lui-même dans les sources consultées.
Sources
1. Saudipedia, « نقوش سد معاوية بن أبي سفيان » (texte de l'inscription d'après Philby, dimensions, Banajah, Haykal, Twitchell, as-Saqqar) — https://saudipedia.com/نقوش-سد-معاوية-بن-أبي-سفيان
2. G. C. Miles, « Early Islamic Inscriptions near Ṭāʾif in the Ḥijāz », Journal of Near Eastern Studies 7 (1948), p. 236-242, présenté sur Islamic Awareness (traduction ligne à ligne, points diacritiques) — https://islamic-awareness.org/history/islam/inscriptions/muwinsc1 ; et l'inscription coranique voisine (33:56) — https://islamic-awareness.org/history/islam/inscriptions/muwinsc2
3. Saudipedia, « قائمة السدود الأثرية في الطائف » (environ 70 barrages ; restauration de Saysad, parc national) — https://saudipedia.com/قائمة-السدود-الأثرية-في-الطائف
4. Yaqout al-Hamawi, Muʿjam al-buldan, t. 4, p. 8 et suiv., art. « الطائف ».