L'histoire
Le butin de Hunayn
Après la bataille de Hunayn (Chawwal 8 H), le Prophète ﷺ fait conduire le butin et les captifs à al-Jiʿrana. Al-Waqidi parle de 6 000 captifs, 24 000 chameaux et environ 40 000 moutons. Ibn Ishaq parle de « سِتَّةُ آلَافٍ مِنَ الذَّرَارِيِّ وَالنِّسَاءِ », 6 000 femmes et enfants (Ibn Hicham, t. 2 p. 487). Le Prophète ﷺ assiège ensuite Taïf (environ 20 jours, selon les historiens), puis revient à al-Jiʿrana en Dhou l-Qiʿda.Le partage et les Ansar
ʿAbd Allah ibn Zayd ibn ʿAsim رضي الله عنه rapporte : quand Allah donna au Prophète ﷺ le butin de Hunayn, il le partagea entre ceux dont il voulait gagner les cœurs, et ne donna rien aux Ansar. Ils en furent peinés. Il leur parla : « يَا مَعْشَرَ الأَنْصَارِ أَلَمْ أَجِدْكُمْ ضُلاَّلاً فَهَدَاكُمُ اللَّهُ بِي، وَكُنْتُمْ مُتَفَرِّقِينَ فَأَلَّفَكُمُ اللَّهُ بِي، وَعَالَةً فَأَغْنَاكُمُ اللَّهُ بِي … أَتَرْضَوْنَ أَنْ يَذْهَبَ النَّاسُ بِالشَّاةِ وَالْبَعِيرِ، وَتَذْهَبُونَ بِالنَّبِيِّ ﷺ إِلَى رِحَالِكُمْ … الأَنْصَارُ شِعَارٌ وَالنَّاسُ دِثَارٌ، إِنَّكُمْ سَتَلْقَوْنَ بَعْدِي أَثَرَةً فَاصْبِرُوا حَتَّى تَلْقَوْنِي عَلَى الْحَوْضِ ».Sens : « Ô Ansar, ne vous ai-je pas trouvés égarés, et Allah vous a guidés par moi ; divisés, et Allah vous a unis par moi ; pauvres, et Allah vous a enrichis par moi ?… N'êtes-vous pas satisfaits que les gens repartent avec les moutons et les chameaux, et que vous repartiez chez vous avec le Prophète ﷺ ?… Les Ansar sont le vêtement de dessous, les gens le vêtement de dessus. Vous verrez après moi d'autres passer avant vous : patientez jusqu'à me retrouver au Bassin. » (Boukhari 4330 ; voir aussi 4331-4337 et Mouslim 1059)
La délégation de Hawazin et les captifs rendus
Marwan ibn al-Hakam et al-Miswar ibn Makhrama rapportent que la délégation de Hawazin vint, musulmane, demander qu'on lui rende ses biens et ses captifs. Le Prophète ﷺ dit : « أَحَبُّ الْحَدِيثِ إِلَيَّ أَصْدَقُهُ، فَاخْتَارُوا إِحْدَى الطَّائِفَتَيْنِ: إِمَّا السَّبْيَ، وَإِمَّا الْمَالَ ». Sens : « La parole que j'aime le plus est la plus vraie. Choisissez l'un des deux : les captifs ou les biens. » Il les avait attendus « بِضْعَ عَشْرَةَ لَيْلَةً », un peu plus de dix nuits, à son retour de Taïf. Ils dirent : « فَإِنَّا نَخْتَارُ سَبْيَنَا », « Nous choisissons nos captifs. » Il demanda alors aux musulmans de rendre de bon cœur leur part. Ceux qui voulaient garder leur droit seraient dédommagés sur le prochain butin. Les gens acceptèrent (Boukhari 2307 ; voir aussi 2539).Selon al-Waqidi et Ibn Saʿd (t. 1 p. 91-92), parmi les porte-parole se trouvait Abou Thirwan, oncle de lait du Prophète ﷺ (chez les Banou Saʿd). Il dit : « إِنَّمَا فِي هَذِهِ الْحَظَائِرِ عَمَّاتُكَ وَخَالَاتُكَ وَحَوَاضِنُكَ … وَلَقَدْ رَأَيْتُكَ مُرْضَعًا فَمَا رَأَيْتُ مُرْضَعًا خَيْرًا مِنْكَ ». Sens : « Dans ces enclos, il y a tes tantes et celles qui t'ont porté… Je t'ai vu nourrisson, et je n'ai pas vu de nourrisson meilleur que toi. » Al-Waqidi ajoute que les captifs, abrités sous des enclos, avaient été vêtus de neuf sur ordre du Prophète ﷺ. C'est aussi à al-Jiʿrana que, selon al-Waqidi, ach-Chaymaʾ, sa sœur de lait, fut renvoyée chez les siens, comblée de dons.
La ʿOmra d'al-Jiʿrana
Qatada demanda à Anas رضي الله عنه combien de ʿOmra fit le Prophète ﷺ. Il répondit : quatre, dont « وَعُمْرَةُ الْجِعْرَانَةِ إِذْ قَسَمَ غَنِيمَةَ أُرَاهُ حُنَيْنٍ », « la ʿOmra d'al-Jiʿrana, quand il partagea le butin, je pense de Hunayn » (Boukhari 1778). Selon Tirmidhi et Abou Dawoud, d'après Muharrich al-Kaʿbi, il se mit en ihram de nuit, fit sa ʿOmra et revint à al-Jiʿrana avant l'aube.Un miqat pour les habitants de La Mecque
Al-Jiʿrana se trouve hors des limites du Haram, au nord-est. Celui qui réside à La Mecque et veut faire une ʿOmra sort au Hill pour se mettre en ihram : al-Jiʿrana est un des lieux où il le fait. ʿAtiq al-Biladi écrit : « يَعْتَمِرُ مِنْهَا الْمَكِّيُّونَ », « les Mecquois y prennent l'ihram de la ʿOmra ».Le nom et les deux mosquées
Yaqout note deux prononciations : al-Jiʿrana (les philologues) et al-Jiʿirrana (les gens du hadith). Il écrit que c'est un point d'eau entre Taïf et La Mecque, plus proche de La Mecque, que le Prophète ﷺ y fit halte, y partagea le butin de Hawazin et s'y mit en ihram, qu'il y a une mosquée et des puits proches les uns des autres. Al-Waqidi et al-Azraqi connaissent deux lieux de prière : al-masjid al-aqsa (« la mosquée lointaine », dans le bas de l'oued, où il se mit en ihram) et al-masjid al-adna (« la mosquée proche », bâtie par un Quraychite).Aujourd'hui
Al-Jiʿrana est un village-quartier à environ 25 km (Saudipedia) ou 29 km (Wikipédia) au nord-est de La Mecque, sur la rive gauche du Wadi al-Jiʿrana, route de Taïf. Selon Saudipedia, la mosquée a été fondée au IIe siècle de l'hégire et restaurée en 1263, 1370 et 1384 H, puis sous le roi Fahd (ancien bâtiment de 430 m², environ 1 000 fidèles). Elle a été reconstruite par le ministère du Hajj et de la ʿOmra sur un terrain d'environ 16 000 m². Un puits d'eau douce se trouve à côté ; al-Biladi le dit hors d'usage. Des autocars de visiteurs et des Mecquois venus prendre l'ihram y passent chaque jour.Ce qui est sûr et ce qui ne l'est pas
- Sûr : la ʿOmra d'al-Jiʿrana (Boukhari 1778). Le discours aux Ansar après le partage du butin de Hunayn (Boukhari 4330-4337, Mouslim 1059). La délégation de Hawazin et les captifs rendus (Boukhari 2307, 2539).
- Récit des historiens : les chiffres du butin (al-Waqidi, Ibn Ishaq) ; Abou Thirwan porte-parole, les captifs vêtus de neuf, le renvoi d'ach-Chaymaʾ (al-Waqidi, Ibn Saʿd) ; les deux lieux de prière (al-Waqidi, al-Azraqi).
- Tradition : l'histoire du bâtiment actuel (dates de restauration) vient de Saudipedia.
- À vérifier sur place : l'état du puits, les horaires d'ouverture et les services de la mosquée.
- Halima sur le manteau du Prophète ﷺ : Abou t-Tufayl dit : « رَأَيْتُ النَّبِيَّ ﷺ يَقْسِمُ لَحْمًا بِالْجِعْرَانَةِ … إِذْ أَقْبَلَتِ امْرَأَةٌ حَتَّى دَنَتْ إِلَى النَّبِيِّ ﷺ فَبَسَطَ لَهَا رِدَاءَهُ فَجَلَسَتْ عَلَيْهِ، فَقُلْتُ: مَنْ هِيَ؟ فَقَالُوا: هَذِهِ أُمُّهُ الَّتِي أَرْضَعَتْهُ ». Sens : « J'ai vu le Prophète ﷺ partager de la viande à al-Jiʿrana… Une femme s'approcha. Il étendit pour elle son manteau et elle s'y assit. Je demandai qui elle était. On me dit : c'est sa mère qui l'a allaité. » (Abou Dawoud 5144). Degré : faible. Al-Hakim l'a authentifié ; al-Albani le juge ضعيف الإسناد (deux rapporteurs peu connus). De plus, al-Waqidi rapporte qu'ach-Chaymaʾ annonça au Prophète ﷺ que Halima et al-Harith étaient déjà morts. Les deux traditions coexistent ; on ne peut trancher.
- « أُمِّي أُمِّي » : Ibn Saʿd (t. 1 p. 91), d'après Muhammad ibn al-Munkadir : une femme qui l'avait allaité vint le voir, il dit « Ma mère, ma mère ! » et étendit pour elle son manteau. Degré : mursal. Le lieu n'est pas précisé.
- Les parents de lait honorés : Abou Dawoud 5145 (ʿUmar ibn as-Saʾib) : le père de lait s'assoit sur un pan du vêtement, la mère de lait sur l'autre, le frère de lait devant lui. Degré : faible (chaîne interrompue).
Récits à la chaîne faible ou discutée
Sources
1. Sahih al-Boukhari 1778, 2307, 2539, 4330-4337.
2. Sahih Mouslim 1059.
3. Sunan Abou Dawoud 5144-5145 ; jugement d'al-Albani sur 5144 (sunnah.com/abudawud:5144).
4. Ibn Hicham, as-Sira an-nabawiyya, t. 2 p. 487.
5. Al-Waqidi, al-Maghazi, t. 3 p. 912-913, 942.
6. Ibn Saʿd, at-Tabaqat al-kubra, t. 1 p. 91-92.
7. Yaqout, Muʿjam al-buldan, art. الجعرانة, t. 2 p. 141.
8. ʿAtiq al-Biladi, Muʿjam al-maʿalim al-jughrafiyya fi s-sira an-nabawiyya, art. الجعرانة (shamela.ws/book/9777/69).
9. Saudipedia, « مسجد الجعرانة ».
10. Okaz, 16 janvier 2017, article sur les abords du miqat d'al-Jiʿrana (okaz.com.sa/ampArticle/1521402).